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DDI-BFA-INSD-ENTEBF2006-V1.1
Titre
ENQUÊTE NATIONALE SUR LE TRAVAIL DES ENFANTS AU BURKINA FASO 2006
Résumé
Le travail des enfants est une réalité qui prend de plus en plus de l'ampleur au Burkina Faso. Considéré comme facteur de socialisation, le travail des enfants soulève la problématique de la participation de ces derniers à l'animation de la vie socioéconomique de leur ménage, voir du pays.
Avec une population estimée à 12 801 540 habitants en 2006 par l'ENTE-BF, le Burkina Faso est caractérisé par la jeunesse de sa population car les moins de 15 ans représentent 45% de la population totale. Quant à la tranche d'âge des 5-17 ans, elle constitue 31,6% de la population.
Les principales activités économiques au Burkina demeurent l'agriculture et l'élevage qui occupent plus des trois-quarts de la population active. Les secteurs primaire, secondaire et tertiaire génèrent respectivement 40%, 18% et 7,6% du PIB. Les activités informelles occupent une place importante dans l'économie du pays.
Le Burkina Faso doit de plus en plus faire face à un défis majeur qui est celui de la lutte contre la pauvreté car la proportion de la population vivant en dessous du seuil national absolu de pauvreté a augmenté passant de 44,5 % en 1994 à 46,4 % en 2003.
Selon les estimations du BIT, en 2004, le niveau du travail des enfants reste élevé. Entre 2000 et 2004, le nombre d'enfants économiquement actifs en Afrique subsaharienne est passé de 48 à 49,3 millions d'enfants ; et, le taux d'activité des enfants de 5-14 ans y est de 26,4% contre 18,8% en Asie et au Pacifique, 5,1% en Amérique Latine et aux Caraïbes et 5,2% dans les autres régions du monde.
Selon l'enquête burkinabè sur les conditions de vie des ménages (EBCVM) de 2003, 44,1% des enfants de 5 à 14 ans sont économiquement actifs, et plus particulièrement dans les ménages pauvres. La forte implication des enfants dans les activités économiques a des conséquences sur leur scolarisation.
En dépit des études enrichies des principales conventions internationales protégeant les enfants, les questions relatives au travail des enfants au Burkina Faso demeurent insuffisamment renseignées.
L'enquête nationale sur le travail des enfants au Burkina Faso (ENTE-BF) réalisée en 2006 constitue une base de données importante fournissant des informations sur les caractéristiques, la nature, l'ampleur et les raisons favorisant le travail des enfants. Elle permet, par ailleurs, d'évaluer les conditions de travail et leurs conséquences sur la santé, l'éducation et le développement normal des enfants travailleurs. Les données de cette enquête ont été recueillies auprès de 4576 ménages sur toute l'étendue du territoire national. Les enfants de 5-17 ans issus des ménages sélectionnés constituent la population cible de cette enquête.
Dans la mise en œuvre de cette enquête, un certain nombre d'insuffisances et de difficultés pourraient être relévées. Ce sont entre autres :
? imputation du rôle de contrôleur et de chef d'équipe à un même individu ;
? difficultés liées à l'hébergement ;
? des zones d'enquête d'accessibilité difficile ;
? non disponibilité des enquêtés dans certaines zones d'enquête ;
? cas de réticences et/ou de refus ;
? des motos en nombre insuffisant ;
? problèmes linguistiques ;
? retard accusé dans la supervision qui a eu pour conséquence la suspension de la collecte d'une à deux semaines selon les équipes qui étaient à cours de carburant.
Selon l'ENTE-BF, 41,1% des enfants âgés de 5 à 17 ans sont économiquement actifs. Ces enfants consacrent entre 19 et 25 heures par semaine à l'exercice de leurs activités. Ce qui pourrait entraver leur scolarisation. Par ailleurs, 39,3% de ces enfants sont astreints à des activités dommageables et 35,8% se retrouvent dans activités jugées dangereuses. Tous les enfants de 15-17 ans qui sont dans les travaux dommageables se retrouvent dans les travaux dangereux. Les principaux secteurs d'activités dans lequels se retrouvent les enfants économiquement actifs sont : l'agriculture/ pêche/ chasse et les travaux domestiques. La plupart du travail fait par les enfants n'est pas rémunéré et il se déroule soit au domicile familial ou dans les champs, fermes et jardins.
Les conséquences du travail sur la scolarisation et la santé des enfants sont énormes car les blessures ou maladies liées à leur travail ont contraint certains à arrêter temporairement ou définitivement leurs travaux ou leur scolarisation.
Au regard des analyses effectuées, les informations fournies par cette enquête permettront d'orienter les programmes de lutte contre le travail des enfants en ciblant particulièrement les travaux dommageables et les travaux dangereux dans les différentes régions du Burkina Faso. Ainsi, les recommandations suivantes pourraient être faites à l'endroit de l'Etat, des partenaires au developpement, des associations/ONGs, des instituts de recherches, etc. :
R 1 Poursuivre les efforts entrepris dans le cadre du PDDEB afin d'assurer une scolarisation au plus grand nombre d'enfants. Dans ce sens, les actions à mener doivent également veiller à maintenir les enfants le plus longtemps possible dans le système éducatif et d'inscrire un module « travail des enfants » dans le système éducatif.
R 2 Intensifier la sensibilisation des populations, avec un accent particulier sur le milieu rural, quant aux dangers encourus par les enfants travailleurs parfois exposés à des formes extrêmement « pénibles » de travail.
R 3 Renforcer la prévention et la répression quant aux infractions constatées au regard du code du travail. A ce propos, l'adoption des principaux instruments juridiques internationaux pour renforcer les dispositions légales nationales en matière de protection des enfants constitue une avancée majeure.
R 4 Le faible niveau de vie des ménages constituant un des principaux facteurs explicatifs du travail des enfants, il est important de tenir davantage compte de la lutte contre le travail des enfants dans le cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP).
R 5 Renforcer les actions de protection et de recupération des enfants travailleurs.
R 6 Mobiliser d'autres sources statistiques pour éclairer la situation des enfants sans domicile fixe, communément appelés « enfants dans la rue », ou alors, organiser une enquête spécifique sur ces groupes spéciaux particulièrement, dans les grandes villes du Burkina Faso.
R 7 Elaborer des instruments destinés à cerner les pires formes intrinsèques de travail des enfants.
R 8 Renforcer la coopération entre les institutions nationales et SIMPOC/IPEC pour la mise en place d'un observatoire de suivi du phénomène du travail des enfants. A cet égard, renforcer davantage la capacité du Burkina Faso à collecter des informations quantitatives et qualitatives essentielles à la planification des actions de lutte contre le travail des enfants par l'adoption des méthodes d'enquête du BIT.
R 9 Adopter une approche intégrée de collaboration entre les divers programmes accordant une priorité au suivi du travail des enfants (administration du travail, éducation, santé, justice, organisations d'employeurs et de travailleurs, etc.) dans ce cadre, l'expérience acquise par l'institut national de la statistique et de la démographie (INSD) dans la conception et l'organisation de l'ENTE-BF 2006 devra en faire la pierre angulaire dans le domaine de la collecte d'informations statistiques et de suivi du travail des enfants au Burkina Faso.